CINQUANTENAIRE : A quoi les Guinéens veulent-ils aboutir ?

08 May, 2008

Nous sommes le mois de mai 2008, cinquième maillon de la chaîne complète des 365 jours de la tranche du temps qui coïncide avec les 50 ans de l’indépendance de la République de Guinée. A l’instar des pays qui ont déjà eu le bonheur de commémorer le cinquantenaire de leur accession à la souveraineté nationale, la Guinée elle aussi s’apprête à faire de même en octobre de cette année.

Moi, je n’en connais que l’exemple ghanéen qui a été du moins très magnifique. Les autorités ont depuis le 2 octobre 2006 alors annoncé les couleurs d’une célébration du genre. Manifestation qui sera très festive telle que pensée par les concepteurs d’un évènement aussi rarissime pour une génération dans le temps, que symbolique.

Mais, voilà 5 mois maintenant, rien ne semble donner aux observateurs impatients les souffles annonciateurs des réjouissances prévues à l’horizon. Excepter quelques espaces aménagés par endroit qui, apparemment entrent dans le traditionnel cadre de l’esthétique d’une ville comme Conakry qui a tant besoin de redorer son blason d’antan. Conakry, longtemps taxée de ville sale du fait de l’incompétence de ses gestionnaires, certes, à une certaine période, et qui aujourd’hui joui des fruits de l’initiative de l’association ASNAVIE dont les premières sorties ont tendance à changer le visage de la capitale politique de la Guinée.
Sauf erreur, c’est l’impression que nous avons pour le moment par rapport au programme de préparatifs du cinquantenaire. Quoi d’autre ?

En revanche, tout laisse à croire que l’initiative de la célébration des 50 ans de l’indépendance de la Guinée à tendance à conduire le pays vers un combat d’idées. Tout à fait normal pour un peuple actif, dynamique, réfléchi et dont les fils ont beaucoup de choses à se dire au prorata des ingrédients de leur histoire. Une histoire chargée d’émotions, comme pour toute société dans son évolution qui rencontre des circonstances imprévues .des douleur et des blessures, encore non cicatrisées. Le seul nom de la tristement célèbre camp Boiro réveille les sentiments. Les effets pervers d’une étape de la vie de la société guinéenne remontent en surface rendant ainsi peu perceptible ce qui aurait été objet de fierté d’un peuple qui a réussi à braver le système de domination des Etats dits coloniaux imposé par la métropole pendant des siècles.

A dire vrai, le passé récent de la Guinée dans sa lutte pour l’émergence d’un homme de type nouveau en Afrique connaît des écailles. A en entendre les complaintes, on admet que la vitrine de cette révolution souffre d’une certaine opacité qui mérite d’être frottée, mais avec intelligence. Le discernement est indispensable à l’heure afin d’éviter l’embrasement.
Les combats d’idées qui filtrent sur le débat autour de la célébration du cinquantenaire pourraient se situer à ce niveau. D’où un certain blocage qui incite à la légitime défense face au tort enduré par les acteurs et qui donne le sentiment aux victimes ou à leurs progénitures que vouloir se taire, c’est comme subir une seconde fois les sévices de l’histoire. Accepter le cinquantenaire sans dire mot sur les ratés de l’histoire depuis l’indépendance, c’est comme, aux yeux de certains, applaudir toutes les exactions commises au nom de la révolution en son temps. Ce qui suppose une victoire pour d’autres.

Face à la complexité de la question, le blocage se consolide sur le terrain. Les concepteurs de l’idée du cinquantenaire semblent eux-mêmes bloqués après s’être rendus compte que derrière le silence pendant tout ce temps, se cachent des mots qui sont difficiles à enterrer, qu’au-delà du silence, ce sont des mémoires qui sont en veilleuses, attendant le jour symbolique de la vérité. Normal. Ce qui ne serait pas cependant normal, c’est laisser tous les Guinéens s’emporter dans la colère.
A ce jour, les idées s’entrechoquent au travers les énigmes des 50 années vécues par le peuple de Guinée. Il est temps pour les concepteurs de la fête du cinquantenaire de faire face avec responsabilité à ce qu’ils ont suggéré et qui semble diviser les Guinéens.

Selon Karl Max, quand les idées s’emparent du peuple, elles deviennent des forces motrices. Il ne sert à rien de soulever la poussière si on n’a pas les moyens d’éviter le rhume. L’indifférence devant les mots avant le 2 octobre 2008 serait coupable. Et la culpabilité se dessine petit à petit à l’aune de l’histoire d’une Guinée qui était jusque là patiente


Alpha kabinet Doumbouya

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