Dialogue politique: La société civile enragée

29 Nov, 2006

Depuis sa mise en place en 2002, jamais de mémoire de Guinéen, le Conseil national des organisations de la société civile (CNOSC) n’a été aussi actif. Ces derniers temps, cette structure a multiplié les contacts et les prises de position, en vue d’une sortie de la crise économique actuelle.
Après avoir qualifié le 24 août dernier, le dialogue politique (entre le pouvoir et l’opposition) qui prépare les élections législatives de juin 2007 de moqueries au peuple de Guinée qui n’a ni eau, ni électricité, ni manger, ni route, le Conseil a décidé de passer à la vitesse supérieure. C’est ainsi qu’il a mis en place au début du mois de septembre, un organe appelé « Alliance pour le changement », chargé de réfléchir aux problèmes du pays en vue des propositions de solutions.

Même si cette démarche n’a pas été du goût du pouvoir. Le ministre de l’Administration du territoire en même temps porte-parole du gouvernement, Moussa Solano a profité d’un point de presse au Novotel pour dire ce qu’il en pense. Il s’est ainsi montré surpris que la société civile qui est apolitique en vienne « à prendre position sur des problèmes qui ne la concernent pas, avant d’enchaîner que les citoyens ne votent pas pour les problèmes d’eau, d’électricité, de manger, mais plutôt pour se choisir les hommes de leur confiance pour les gouverner ».
Le CNOSC n’en a pas démordu pour autant, il a dégainé de plus belle le lendemain, à travers une déclaration qui ne demandera certainement pas l’avis de Solano. « La République de Guinée possède un potentiel minier, agricole, maritime et humain extraordinaire et inestimable. Paradoxalement, elle fait partie des pays les plus pauvres de la planète. Cette situation est imputable aux gouvernements successifs qui ont dirigé la Guinée et qui ont détourné les administrations et les institutions pour les vider de leur sens et organiser une mainmise sur les richesses du pays ». Ce n’est pas tout, puisque cette déclaration s’est aussi insurgée contre le train de vie des gouvernants qui narguent au quotidien le Guinéen qui a du mal à vivre. « Tous défendent leurs intérêts égoïstes et se livrent au vol et à la corruption, s’opposant de toute leur force à la transparence et aux principes de bonne gouvernance ».

Le 22 septembre, lors d’une conférence de presse au siège de l’OGDH, ce fut le tour de l’Alliance du conseil de publier une lettre ouverte qu’elle a bien voulu adresser au président de la République. « Votre arrivée au pouvoir le 3 avril 1984 a suscité pour le peuple de Guinée une espérance après 26 ans de souffrance et de privation. Mais hélas, ces efforts ont été progressivement annihilés par un système de gestion patrimonial caractérisé par une mal gouvernance devenue endémique, ceci en dépit de votre discours-programme du 22 décembre 1985. La pauvreté et la précarité des conditions de vie ont anéanti toutes les ambitions de développement et pour cette raison, la Guinée est tombée qu’avant 1984 », lit-on dans ce courrier.

L’Alliance sur ses grands chevaux a fini par demander au chef de l’Etat, la mise en place d’un gouvernement représentatif, de larges ouvertures, incluant toutes les sensibilités nationales sans exclusive. Une équipe qui devra être dirigée par un premier ministre doté de plein pouvoir. D’ailleurs, un manifeste élaboré à cet effet continue de recueillir des signatures. De quoi réconforter Ben Sékou Sylla, le président du CNOSC. Et si l’obstacle, c’est Conté et non le gouvernement ? S’interroge un confrère. La réponse de Ben sera sans équivoque : « Le premier objectif, c’est d’obtenir la formation de ce gouvernement. D’autres actions suivront. Ce n’est qu’un début ». Et si les membres de l’Alliance rêvaient à des portefeuilles ministériels ? Se demande un autre journaliste. Le président du Conseil interreligieux Mgr Albert David Gomez s’en est chargé. « Les membres de l’Alliance ne sont pas animés par un appétit du pouvoir, nous sommes soucieux de l’avenir de notre pays », a-t-il rassuré.

A supposer que l’Alliance ne bénéficie pas d’oreilles attentives du côté du pouvoir. De quel recours dispose-t-elle ? « Elle va consulter les institutions républicaines, tenir des conférences de sensibilisation, organiser une journée de prières et de réflexions, mais aussi une journée ville morte et de marche pacifique ». Il est également prévu que l’intérieur du pays soit rapidement remorqué pour sa pleine participation à ces initiatives. C’est le moment qu’a choisi Mgr Gomez pour appeler les Guinéens de l’intérieur et de l’extérieur à soutenir l’Alliance.
Mais voilà Mamadou Mara et Magbé Bangoura des centrales syndicales UGTG et Sifog qui se réclament aussi de la société civile ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ont aussi animé un point de presse en présence de Mohamed NOBA, président de la Chambre nationale d’Agriculture pour se démarquer de la démarche du CNOSC. M. Noba ira jusqu’à accuser l’Alliance de vouloir détruire les institutions de l’Etat. « Un Conseil de la société civile a pour vocation le respect des principes démocratiques, il ne peut s’arroger le droit de procéder par des actes inconstitutionnels pour un changement politique.

Si nous pouvons donner notre avis sur l’évidence de certains points de ces constatations, nous nous réserverons le droit de rejeter les démarches projetées pour y aboutir. La société civile doit être un organe de médiation dont le rôle principal est le maintien de la paix et de la quiétude sociale », a déclaré M.Mara.


Almamy Kalla Conté

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