Le 15 mars dernier aux larges des côtes de Conakry, 11 étudiants camerounais ont tous péris dans le chavirement de leur barque alors qu’ils se rendaient sur les îles Sorro. Histoire de célébrer l’anniversaire de deux des leurs. Mais, ils n’arriveront jamais à leur destination. L’émotion était grande à l’exposition des corps de ces illustres étudiants, tous en Guinée en quête du savoir.
C’était le vendredi 21 mars sous le hall de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Une cérémonie suivie d’une messe eucharistique, le même jour, à la cathédrale Sainte Marie de Conakry avant que les corps ne soient rapatriés sur Cameroun où des funérailles dignes de nom ont été organisées à leur mémoire. Ici, les circonstances de l’accident et les témoignages des amis.
Mlle Dedji Fotso, rescapée et sœur de Fotso Christian:
« Moi, c’est Dedji Fotso, on avait décidé d’aller sur l’île de Room pour fêter l’anniversaire de nos amis. On s’est embarqué aux environs de 15h 30mn, j’étais accompagnée de mon jeune frère et de mes amis. Quand nous étions dans la barque, la marrée était vraiment haute. Mais, on s’était quand même engagé. Lorsque nous sommes arrivés au niveau de l’île de Soro, mon jeune frère m’a posé la question de savoir : ‘’A quelle heure nous allons arrivés ?’’ Je lui ai dit calme toi, dans 20 minutes nous arriverons. A peine qu’il ait achevé, il y a eu une première vague qui est arrivée. La vague était tellement haute, elle est venue frapper notre côté et l’eau est entrée dans la pirogue.
On a commencé à paniquer. Il y a un de nous qui a dit ‘’calmons nous, calmons nous, tout va aller bien, le seigneur nous accompagne’’. Dès qu’il a fini, il y a eu une autre vague qui est venue et c’est là où nous nous sommes retrouvés en profondeur tout le monde dans l’eau. Après cela il y a eu une première remontée en surface. Nous, on était bloqué sous la barque. Il y a mon frère qui criait Dedji ! Dedji ! Je lui ai dit accroche toi quelque part, accroche toi même si c’est sur quelqu’un, il faut avoir la foi. A peine je finissais de parler, il y a une autre vague qui est venue nous ramener tous en bas. C’est là où on a perdu conscience. C’est ainsi qu’une équipe de sauvetage est arrivée, mais je ne sais pas d’où ils sont venus. Ils ont essayé de sauver ceux qu’ils pouvaient et les onze sont restés. J’aimerais m’adresser particulièrement à mon petit frère et aussi à tous mes amis qui sont restés que Dieu avait décidé de les rappeler.
On le sait bien, c’est lui qui donne et c’est Lui qui reprend. En fait j’aimerai leur dire que là où ils sont, qu’ils soient tranquilles car nous serions des docteurs pour eux, des ingénieurs pour eux parce que c’est ce qu’ils ont tant voulu. Et nous allons essayer de réaliser tous ensemble leur rêve. Ils sont justes loin de corps mais d’esprit, ils sont là, je le sais. »
Mlle Salahou Latiphat, ivoirienne en 5ème année Médecine
« Je fais le même parcours que Boris Mbarga Nga. Nous sommes devenus des amis, je ne sais même pas à quelle occasion Boris et moi on s’est lié d’amitié. Cette amitié a mûri et a grandi comme un arbre et a donné des fruits. Boris et moi, on était inséparables. Grâce à lui, j’ai connu pratiquement toute la communauté camerounaise qui m’a aussi accepté. Boris ne me laissait jamais sans me dire où il était. Mais, ce jour il a disparu sans même dire Latiphat au revoir.
Quand j’ai appris qu’il a été noyé, je n’ai pas cru. Il m’a laissé comme une feuille morte dans le vent grâce à la volonté de Dieu. Je demande à tout le monde de toujours prier pour le repos de leurs âmes. Et nous, qui sommes vivants, nous prions Dieu pour que notre séjour sur cette terre ne soit pas vain. Nous demandons à Dieu de nous protéger tous, étrangers et nationaux. Nous avons le même père et la même mère.
M. Pierre Louis Yopa, membre de la communauté camerounaise
« Le 15 mars a été vraiment un grand drame. Nous remercions d’abord les autorités guinéennes qui nous ont assisté à retrouver les corps, la société areeba et la Croix rouge. Elles ont prouvé que la douleur n’est pas seulement que camerounaise mais plutôt africaine. Ces étudiants sont venus en Guinée pour chercher le savoir mais ils ont trouvé une seconde famille. Nous essayons de tenir le coup. J’appelle la communauté camerounaise à resserrer de plus les rangs.
Etre plus vigilants. Dorénavant, avant de faire des excursions pareilles, il faut essayer de tenir compte de l’avis des autorités portuaires pour savoir si la météo est favorable, si les pirogues sont dans les conditions requises. Et, aussi ne pas oublier le système de secours. Ce qui peut réduire aussi les drames. »
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