EXPULSION DE CHANTAL COLE OU LE ''CHANTALGATE'' : Le baril de poudres va-t-il exploser ?

26 Mar, 2008

On en était à s’interroger sur ce qui adviendrait de la date fatidique du 31 mars 2008 fixée par les syndicats quand, soudain, a surgi la sulfureuse affaire Chantal Cole, du nom de la directrice générale de la société ‘’Alo’’ distributrice des produits de la société de téléphonie ‘’Areeba’’.

Connue pour son franc-parler qui frise parfois la provocation – d’autres diront l’outrage- madame Chantal Cole a été interpellée et placée en garde à vue à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DPJ), le mardi 18 mars dernier avant d’être expulsée, le lendemain, vers Paris par les services de sécurité à bord d’un vol régulier de la compagnie ‘’Air France’’. La police guinéenne lui reproche, entre autres, de diffamation et injures à l’encontre du gouvernement et du Premier ministre Lansana Kouyaté lors d’une conférence de presse qu’elle a donnée le lundi 17 mars dans un hôtel de la capitale.

Les réactions ont alterné. Certains crient à la violation de la procédure de droit commun qui sied en pareille circonstance, d’autres s’inquiètent du sort que le Gouvernement pourrait ainsi réserver à la liberté de presse et d’expression. Un troisième groupe qui voit en elle une sorte de trouble-fête ne tardera pas à se réjouir de ce qui arrive à madame Chantal Cole qui ‘’se mêle de ce qui ne la regarde pas’’, et enfin, un quatrième et dernier groupe s’est très tôt mis martel en tête, inquiet de savoir quelle va être la réaction du Chef de l’Etat le général Lansana Conté. Que va-t-il faire lorsqu’il apprendra le sort brutal infligé à celle que certains appellent sa ‘’fille adoptive’’ et d’autres sa ‘’conseillère secrète’’ ? En effet, au moment où le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Mamadou Beau Kéita scellait la cause Chantal Cole à travers un arrêté d’expulsion, le général Lansana Conté était donné ‘’très malade’’ par les rumeurs folles qui courraient les rues de Conakry, la capitale. Ce qui résignera de nombreux observateurs à attendre une réaction tardive du président de la République.
Et lorsque vendredi dernier, l’on a aperçu le cortège présidentiel dans la circulation après avoir joué aux abonnés absents depuis près d’une semaine, la spéculation a repris de plus belle. En substance, il se raconte que le sang du général Lansana Conté aurait fait un tour dans ses veines en apprenant la nouvelle de l’expulsion de Chantal Cole. Qu’il se serait scandalisé de l’expulsion d’un citoyen guinéen à plus forte raison de celle dont tout le monde sait qu’elle est sa ‘’fille adoptive’’. Avant de demander, semble-t-il, le retour imminent de l’expulsée de Chantal. Au moment où nous allions sous presse l’égérie du président de la République n’avait pas fait ses pénates.

Mais le retour au bercail de cette franco-guinéenne était attendu incessamment par tous ceux qui connaissent le jusqu’au boutisme de son protecteur de président. En attendant de connaître la suite de cette affaire que l’on pourrait appeler, toutes proportions gardées, la ‘’Chantalgate’’ en référence au Water gate aux USA, il faut dire que Lansana Conté pourrait la percevoir comme un acte de défiance personnelle, une sorte de casus belli. Car, il n’est plus un secret pour personne que le Chef de l’Etat entend abattre l’équipe gouvernementale dès que possible. La crise qui a emporté le ministre de la Communication et des NTI Justin Morel Junior, porte-parole du gouvernement en est une preuve par mille. Les esprits jaloux des acquis du changement s’étaient alors échauffés mais l’incendie sera évité de justesse suite à la suspension du mot d’ordre de la grève jusqu’au 31 mars prochain. N’empêche ! Aujourd’hui plus qu’hier, Lansana Conté ne donne pas l’impression d’avoir décroché de sa logique d’enterrement du gouvernement Kouyaté. Que vogue la galère, lui, ne semble pas s’en soucier.
Ce qui donne à penser qu’il ne laissera pas lui filer entre les doigts cette occasion d’attenter à nouveau à l’intégrité physique de l’équipe déjà fragile de Lansana Kouyaté. Alors, le ‘’Chantalgate’’ répond-elle d’une démarche bien mûrie du clan anti-Kouyaté qui s’active dans l’entourage présidentiel ? Oui et mille fois oui, répondent certains qui pensent que Lansana Kouyaté et son ministre de l’Intérieur et de la Sécurité sont tombés dans un piège mortel. Déjà, les lobbies se sont mis en branle pour tenter de convaincre le général Lansana Conté de sévir à temps. Battre le fer pendant qu’il est chaud en quelque sorte. Pour autant, l’affaire Chantal Cole ressemble à s’y méprendre à une bouteille à l’encre tant elle paraît compliquée à gérer. L’on sait en effet que l’entourage présidentiel n’est pas composé que des gens favorables à la Directrice générale de ‘’Alô’’.
Combien de clans y subsistent donc autour du Chef de l’Etat ? Difficile de le savoir ! Mais l’on sait que parmi les plus influents, il y a celui d’Elhadj Mamadou Sylla, le PDG de Futurelec dont on sait qu’il ne gobe pas Mme Chantal Cole considérée plus à raison qu’à tort comme la femme de main de l’ancien ministre d’Etat chargé des Affaires présidentielles El Hadj Fodé Bangoura. L’homme qui a infligé la suprême humiliation à Mamadou Sylla en l’envoyant en prison en décembre 2006. Preuve de son attachement à Fodé Bangoura, Mme Chantal Cole ne cachera pas son soulagement éventuel de revoir ce dernier à la tête des affaires gouvernementales. Un come-back qui est loin d’arranger les affaires d’un Mamadou Sylla toujours pris en chasse entre autres par les syndicats. Autres personnes qui ne pourraient y trouver leurs comptes dans un soutien sans faille à Chantal Cole, Sam Mamadi Soumah Secrétaire général de la Présidence et Idrissa Thiam chef du protocole de la présidence. Les deux hommes qui règnent sans partage actuellement sur la Présidence semblent voir dans un retour de Fodé Bangoura aux affaires comme la fin de leur lune de miel.

L’ancien ministre d’Etat chargé des Affaires présidentielles étant présenté comme l’homme qui connaît et gère mieux le Chef de l’Etat sans compter, dit-on, sa parfaite maîtrise des grands dossiers de l’Etat. Pas question donc de soutenir celle qui est censée se battre pour le retour de ce rouleau compresseur de Fodé Bangoura. Déjà, soit dit en passant, Chantal Cole aurait réussi, il y a un mois, à faire signer par Lansana Conté, le décret consacrant la nomination de Fodé Bangoura au poste de Secrétaire général de la présidence, un poste qu’il a longtemps occupé. Un décret qui serait resté dans les tiroirs en raison des multiples pressions exercées sur le Chef de l’Etat. C’est le lieu de se demander si le gouvernement Kouyaté a tout seul pris l’initiative d’expulser Chantal dont l’activisme favorable à Fodé Bangoura inquiète plusieurs fronts. Sinon comment expliquer que la ‘’fille adoptive’’ du président soit placée en garde à vue et expulsée sans que le Chef de l’Etat ne soit informé ? A-t-on alors empêché que Lansana Conté ait vent de cette nouvelle pour éviter qu’il ne mette son veto à la procédure engagée ? D’ailleurs, de mauvaises langues vont jusqu’à dire que certains membres de la famille présidentielle qui trouveraient Chantal Cole de trop se seraient investis pour empêcher toute intervention présidentielle.
Toutefois, il n’est pas exclu que le Chef de l’Etat laisse faire comme ce fut le cas lors de l’arrestation de Mamadou Sylla qu’il ira chercher en personne à la prison centrale de Conakry. En tout état de cause, on peut se demander si le retour de Fodé Bangoura fait peur aux proches collaborateurs du Chef de l’Etat, qu’en serait-il du gouvernement Kouyaté qui, mieux que quiconque, perçoit dans son come-back un coup de grâce asséné contre lui. D’où, peut-être, l’initiative (concertée ?) de Beau Kéita de mettre hors d’état de nuire ‘’le perroquet de service’’ de Fodé Bangoura. Malgré tout, cette thèse de la division a posteriori de l’entourage présidentiel pourrait s’écrouler comme un château de cartes si les clans pro-contéistes décidaient de saisir la balle au rebond pour faire front contre le gouvernement Kouyaté. Les cloisons tomberont ainsi pour laisser la place à une union sacrée contre l’équipe Kouyaté. Ce mariage d’intérêts pourrait être fatal à l’ère Kouyaté. Rappelez-vous la coalition Fodé Bangoura-Mamadou Sylla qui a abouti au limogeage de l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo pour ‘’faute lourde’’.

Mais, les temps ont bien changé et le peuple n’est pas prêt à avaler toutes les pilules. Car, quoiqu’on dise en définitive, cette affaire ne devrait pas être un prétexte pour le limogeage de qui que ce soit. D’autant qu’un éventuel limogeage de Kouyaté ou de Beau Kéita pourrait avoir des conséquences imprévisibles en cette période politico-sociale tendue. Surtout, si, comme le prédisent certains observateurs, le futur remplaçant de Beau Kéita s’appelle Fodé Bangoura. Mais, comme on en est pas là encore.


Talibé Barry

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