En fait, les finances publiques ne comptaient plus que sur les entreprises publiques et les ressources minières pour alimenter le budget. La part des revenus issus des taxes minières dans le budget insignifiante en 1966 s’est accrue de 33% en 1984.
Tandis que la part des entreprises publiques (les transferts) qui était de 25% en 1966 a chuté à
15%. En réalité, les recettes de l’Etat provenaient uniquement de quatre compagnies minières. La participation de la douane et des impôts au budget national étant assez faible, à cause notamment de la forte informalisation de l’économie nationale.
A ce propos, on rapporte que de 1966 à 1980, les dépenses courantes s’étaient accrues de 10% par rapport aux recettes, et que malgré le faible niveau de rémunération des travailleurs, les salaires et leurs accessoires représentaient 50 à 60% des dépenses courantes, une situation due à la garantie d’emploi à la fonction publique accordée à tous les sortants des universités et des écoles professionnelles.
D’autres facteurs aggravants, dans les années 70, l’Etat a commencé à subventionner les entreprises publiques devenues constamment déficitaires. Les investissements publics parent pauvre de cette gestion économique avait chuté jusqu’à 15% du PIB, contre une moyenne de 20 à 25% dans les autres pays africains.
Entre 1976 et 1981, la moyenne annuelle du déficit budgétaire était de 8% du PIB. Déficit essentiellement financé par les emprunts extérieurs et la création monétaire. Conséquemment, le crédit intérieur net a augmenté jusqu’à 66% du PIB en 1980, alors qu’il était à 40% en 1970 et à 10% en 1960. Pour la même période, l’offre de monnaie est passée de 12% à 50% du PIB. L’expansion incontrôlée de la masse monétaire qui en a résulté a induit des pressions inflationnistes qui ont pesé sur le taux de change.
Une autre explication de ces dérapages, c’est la chute des exportations agricoles du pays qui sont passées de 70% du total des exportations à 30% en 1965, une tendance maintenue bien après, pendant que les importations elles, étaient dopées par la surévaluation du taux de change du franc. L’arrivée en renfort des pays socialistes pour juguler la crise n’a rien arrangé, puisqu’elle a débouché sur l’accumulation des arriérés de paiement vis-à-vis de ces partenaires. Aussi la faiblesse de l’épargne intérieure et le financement des investissements à faible productivité n’ont pas permis le décollage des exportations. La fuite des capitaux s’en est mêlée pendant que la balance globale des paiements passait à la négative.
C’est bien dans ce contexte qu’est intervenu le changement de 1984, avec son cortège de promesses de bien-être pour les populations. Beaucoup de mesures avaient été annoncées par le CMRN pour nous sortir de cette mauvaise passe, mesures sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir dans un dossier ultérieur.
22 ans après !
Deux décennies se seront révélées bien après insuffisantes pour nous faire voir le bout du tunnel. Certes à l’actif des successeurs des révolutionnaires, beaucoup de changements, beaucoup de routes, de pistes rurales, d’écoles, de centres de santé, de forages. Même le taux brut de scolarisation s’est amélioré, les paramètres sanitaires aussi. Au niveau des chiffres, selon le 2ème rapport d’étape du DSRP, la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est passé de 62,6% en 1994 à 49,2% en 2002. Le déficit budgétaire base engagement (hors dons) a été même réduit à 5,9% du PIB en 2004. Pour le secteur éducatif, le taux brut de scolarisation est à 77% en 2003-2004. En 2004 même, les dépenses courantes de ce secteur étaient à 2,37% du PIB pour une moyenne de 4% en Afrique au sud du Sahara. Enfin la santé. Les taux de mortalité infantile, juvénile et infanto-juvénile sont respectivement de 91% ; 79% et de 163% en 2005.
Mais au regard du volume d’aides dont elles ont bénéficié (de loin quatre fois plus que la 1ère République, selon certaines sources) les 2ème et 3ème Républiques auraient pu mieux faire, n’eurent été la corruption et le vol des deniers publics. Le bonheur auquel tout le monde a rêvé reste encore un mirage. Le PIB présente un taux de croissance moyen qui est loin d’être à deux chiffres. En 2002, il est tombé jusqu’à 1,2%, même si cette croissance connaît quelques timides améliorations puisqu’elle a été de 2,7% en 2004.
Une remontée plus pénible que prévu à cause de la faiblesse du niveau de la productivité de l’agriculture, de la chute des cours de la bauxite, des difficultés d’approvisionnement en électricité, en eau et en matériaux de construction, ainsi que de la baisse des investissements (qui passent de 22% en 2000 à 11,5% en 2004), selon le rapport du DSRP.
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