Trié sur le volet le 26 février 2007 au poste de premier ministre chef de gouvernement dans un contexte particulièrement difficile, Lansana Kouyaté devait, pour rassurer le peuple du 22 janvier 2007, donner la preuve de son volontarisme à relever la Kyrielle d’urgences qui se posent encore en terme de défis.
Entre autres, la consolidation du tissu social, le rétablissement des équilibres macro-économiques, la relance du dialogue politique, mais aussi et surtout la normalisation de la desserte en eau et électricité. Toutes choses appuyées par des clameurs populaires et qui interpellaient de toutes parts le nouvel espoir en ces termes : « Nous avons faim, nous manquons d’eau et d’électricité. »
Ces cris de détresse, Kouyaté dit en être conscient. Et sa manière pour redonner cet espoir, il opte pour les promesses. La suite, vous la connaissez. Puis sur ses instructions, pour être fidèle à la logique du changement, le porte-parole du gouvernement, alors Justin Morel Junior ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information annonce dans un relent fort séduisant l’audit des services publics. Afin de mettre un terme à une situation ambiante d’appropriation indue ou de détournement généralisé des deniers publics. L’opération qui va employer 230 auditeurs publics et indépendants, commencera en août 2007. Et concernera la période 2006 et le premier trimestre de 2007. 18 ministères, 3 secrétariats généraux ; 8 régions administratives y compris les préfectures et communes; et 40 établissements publics seront audités.
Ladite opération vise précisément à faire un inventaire exhaustif de l’ensemble du patrimoine de l’Etat affecté au fonctionnement courant des administrations, des projets, programmes et établissement publics, administratifs, ainsi qu’une revue de la gestion administrative, comptable et financière de ces entités. Le coût de ces audits : 4.000.000.000 gnf. Après donc plusieurs mois d’enquête, les résultats de ces audits sont enfin tombés le 25 février dernier. Et comme il fallait s’y attendre, le constat est alarmant sinon révoltant. L’essentiel des conclusions du rapport synthèse des audits se résument comme suit : entre autres, d’important déficits ; de soustraction frauduleuse d’actifs, des services non rendus ou travaux non exécutés pour des paiements déjà faits , abus de biens sociaux, la gestion laxiste des ressources humaines et violation délibérée de la réglementation.
Les responsabilités mises en cause par les auditeurs sont pour la plupart celle des chefs de département ; des comptables publics ; des comptables de fait ; des ordonnateurs ou administrateurs de crédits ; des gestionnaires de projets ou d’établissement publics ; et de certains agents et opérateurs économiques. Tenez ! Au niveau de la gestion comptable et financière, au total sur les 27 rapports sur 29, 269.359.328.371 gnf sont à justifier dont 33.229.515 772 gnf au niveau des 8 gouvernorats, et 229.129.812 599 au niveau des ministères et secrétariats généraux. Au niveau de la gestion du patrimoine mobilier et immobilier, des informations recueillies auprès de certains services publics compétents comme la direction nationale des garages du gouvernement et la direction nationale du patrimoine public a permis de constater l’occupation illégale de 8 terrains et 169 bâtiments de même statut par des particuliers à l’intérieur du pays. Ce n’est pas tout, 281 véhicules et 33 motos ont été frauduleusement soustraits des parcs publics. Parmi lesquels 28 véhicules et 31 motos. Pour les détails, s’agissant par exemple du ministère des Mines et Géologie, il est à justifier un total de 22.044 585 419 gnf. Sur ce montant, 15 535 349 550 gnf ont disparu au titre les paiements de travaux et services non exécutés, contre 721 341 373 pour des dépenses sans destination finale établie. Et des dépenses non autorisées et/ou sans supports s’élèvent à 5505 609 496 gnf contre 179 000 000 au titre des droits et taxes non perçus et/ou détournés. Au ministère de l’Agriculture, le trou financier est de 6437 133337 ; alors que celui de la pêche et de l’Aquaculture traîne par devers lui 21551 892 074.
Quant au ministère des Affaires sociales lui doit clarifier un manquant de 7841 865 146 contre une misère de 1820 646 110 gnf pour le département des Transports. Au ministère de la fonction publique et de la Reforme Administrative, il est à justifier 939 736 788. Au ministère de la communication et des NTI, le montant s’élève à 3951 639 573. Pour le reste, il convient de retenir pêle-mêle : ministère de la Jeunesse des Sports et de la Culture 41580 471038. Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité 41882566 519 gnf. Ministère de l’Education nationale 16849377 119 gnf. Ministère du Contrôle Economique 128 600.000 gnf. Les régions administratives de Kankan et de Labé doivent respectivement justifier 8313 799 046 et 991 18893. En outre, 253 véhicules et 3 motos ont été frauduleusement sortis au compte des ministères et secrétariat généraux. 97 véhicules ont été reformés en toute irrégularité (dont 11 véhicules dans la région administrative de N’Zérékoré et 86 dans les ministères et secrétariat généraux). Autres équipements concernent la disparition de 15 tracteurs se sont volatilisés au seul ministère de l’Agriculture. Au niveau de la gestion des ressources humaines, la situation générale révèle l’existence de 13.392 fonctionnaires fictifs ou décédés, dont 235 cas sont enregistrés dans les régions administratives, et 13.157 dans les ministères et secrétaires généraux.
Et tenez-vous bien, le rapport précise que le salaire de ces fictifs continue malheureusement à être payés. Voila de manière non exhaustive, comment ils et elles ont dilapidé les deniers publics dont ils avaient la charge de gérer, mais surtout de gérer bien. En attendant la publication totale de la liste des créanciers de l’Etat, la question qui circule sur toutes les lèvres est de savoir comment le gouvernement Kouyaté va s’y prendre pour achever l’œuvre salvatrice.
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