Six questions à Tiguidanké Diallo, comédienne :

« Je ne vois pas l’importance de l’excision. »

26 Feb, 2008

Etudiante à l’Institut Supérieur de Management de Dakar (Sénégal), Tiguidanké Diallo, comédienne a effectué un bref séjour dans son pays natal, la Guinée du 22 au 25 février. C’était dans le cadre du lancement officiel du film ‘’Bamba’’ de Yamory Mansaré ‘’Yamos’’ où elle est actrice principale. Un scénario qui retrace l’histoire d’une jeune fille excisée traditionnellement au village, forcée au mariage par sa tante et chez qui elle connaîtra la souffrance au quotidien. Tigui assure également la fonction de la Chargée de communication du groupe de rap ‘’Suprême 2MT’’. Quelques heures avant son retour à Dakar hier lundi 25 février, Tigui a accordé à notre rédaction un entretien. Exclusivité !

Le Diplomate : Quelles sont les motivations réelles qui poussent Tigui à jouer dans ce film ‘’Bamba’’ ?

Tiguidanké Diallo : Le producteur m’a juste appelé ? Il m’a dit qu’il a un projet. Il a souhaité à ce que je sois l’actrice principale. D’abord, Yamos est un ami. Et, sincèrement j’étais touchée, étant donné que c’était son premier projet et que moi, je ne sais pas si je suis qualifiée ou compétente, il me balance cet honneur que je joue le rôle principal de son film alors qu’il mise sur ça. C’était un honneur. Donc je n’ai pas hésité bien que je ne savais pas ce qui m’attendait. Rien qu’à la confiance, je n’ai pas passé à un casting. Il m’a juste appelé que j’ai été choisie. Je n’ai pas réfléchi. J’ai accepté.

Le film donne l’image d’une ‘’Tigui’’ révoltée face à certaines pratiques ancestrales (excision, mariage précoce…). A travers ce film, peut-on dire que c’est une expression du cœur ?

TD : Non ! Tigui est diamétralement différente de Bamba [nom de l’actrice principale, ndlr]. Dans ma famille, on communique beaucoup. Donc je ne crois pas si un jour, mes parents pourraient m’obliger à faire quelque chose que je ne veux pas. En parlant de l’excision par exemple, on l’a subit toutes, mais c’était dans nos pratiques et on était jeunes. C’est maintenant que les autorités se révoltent contre ces pratiques néfastes. Nous sommes aussi majeurs, on comprend la situation. Tigui n’est pas révoltée dans la vie. Sinon ‘’Bamba’’ aussi est gentille.
On n’a vu Bamba lorsqu’elle était auprès de sa mère. C’était une fille joyeuse, émancipée. Surtout, elle avait des objectifs maintenant qu’elle était sur le point de rater, c’est ce qui a révolté ‘’cette’’ Bamba.

Le message de Bamba dans ce film !

T.D : Il faut que les parents arrêtent de vendre leurs filles en échange aux billets de banque. Ça ne va pas faire la vie de cet enfant ou de toute la famille. Les parents se disent, oui si elle épouse cet homme qui a de l’argent, on va sortir de la pauvreté etc. Il ne faut pas qu’ils oublient qu’ils peuvent ne pas sortir de la pauvreté parce que cet homme a cherché son argent, et il ne va pas le dépenser n’importe comment. Peut-être au début, pour avoir la femme, il va jouer le jeu.
Mais à la longue, qu’est ce que ça va être ? Ça sera du gâchis. Il faut laisser les filles atteindre leurs objectifs si elles en ont. C’est le cas de ‘’Bamba’’, elle voulait étudier. Donc, il faut que les autorités s’y impliquent davantage. Je ne vois pas l’importance de l’excision. Il y en a qui le font par pure méchanceté parce que elles l’ont subie. C’est comme si tu dis : ‘’moi on m’a Battu donc il faudrait que je frappe mon enfant’’. Autrefois, on disait que c’est pour préserver la femme, mais moi je ne vois pas ce que ça préserve. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de prostituées que par le passé

Comment as-tu trouvé le résultat ?

T.D : Je suis dépassée. Ce n’est pas parce que je doute de moi mais le résultat va au-delà de mes espérances. Je me suis investie avec tout le cœur. Moi personnellement, je n’ai pas vu de faille dans le film surtout avec Hadja Kadé Seck [Tante à Bamba, ndlr]. Cette dame m’a épatée. Elle a joué la méchanceté d’une manière naturelle, gentille à l’appui. Sincèrement, ça m’a donné encore le courage de jouer plus et de jouer plus que cette femme. Je me suis dis que j’ai encore à faire. Je ne veux pas atteindre Hadja mais je veux dépasser Hadja. Pour moi, la star dans ce film, c’est Hadja Kadé.

La culture guinéenne en général et le cinéma guinéen en particulier vus par Tigui

T.D : Je me dis que ça commence à aller. Ça avance petit à petit. J’en suis fière, parce que ce film a été fait par les Guinéens avec leurs propres moyens sans aucun appui extérieur. Et pourtant, on a un ministère en charge de la Culture mais qui est beaucoup plus basé sur le football, ou un peu les chansons de Mamaya. Donc, quand nous nous venons les voir, ils ne sont pas intéressés. Pourtant, il faut écouter et voir pour pouvoir apprécier. Dans ce film, les comédiens ont donné l’impression comme s’ils jouaient leur avenir. Chacun a donné le meilleur de lui-même.

Vous êtes chargée de Communication du groupe de rap ‘’Suprême 2MT’’ qui a déjà un album sur le marché, alors l’agenda de votre groupe.

T.D : Actuellement, les ‘’enfants’’ bossent sérieusement pour la sortie d’un deuxième album. Bien que je ne sois pas en Guinée mais je ne manquerai pas l’occasion de leur faire venir à Dakar pour un évènement et autres choses plus intéressantes. J’ai un cœur avec ce groupe.


Réalisé par Malick M. Bangoura

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