ZMAO : Mon regard !

29 Nov, 2006

Dans le cadre du processus d’intégration monétaire de la CEDEAO, certains pays non membres de l’UEMOA ont décidé de créer une seconde zone monétaire, dénommée « zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest – ZMAO ». La Gambie , le Ghana, la Guinée , le Nigeria et la Sierra Leone sont les Etats membres signataires de la déclaration d’Accra du 20 avril 2000. Le Liberia et le Cap-vert en sont membres observateurs.

La ZMAO est une zone monétaire en construction dont le but est la création d’une Banque centrale commune et d’une monnaie unique pour l’ensemble des pays membres. L’objectif est d’harmoniser les politiques économiques au sein de ce groupe en vue de fusionner à terme la ZMAO avec la zone UEMOA pour créer une monnaie unique de la CEDEAO.
Cette initiative d’intégration fait suite au manque de performance des économies nationales et leurs difficultés à soutenir durablement la croissance économique et enclencher un développement durable dans la sous-région. Par ailleurs, cette initiative pourrait permettre de mieux tirer profit de la mondialisation. L’intégration monétaire apparaît ainsi comme un facteur essentiel de développement en Afrique de l’Ouest.
L’intégration des économies au sein de la ZMAO comporte un mécanisme de Surveillance Multilatérale dont le but est d’assurer la convergence des économies des pays membres. La convergence est la baisse progressive des écarts entre les indicateurs économiques des différents pays. Elle vise à cet effet à rapprocher le comportement des Etats en matière de politiques économiques et structurelles.

Optant pour la convergence nominale à moyen terme, la ZMAO a mis en place des critères de convergence qui constituent le préalable auquel l’ensemble des pays doivent se soumettre pour la création de la monnaie commune dont l’échéance, fixée à décembre 2003 puis à juillet 2005, vient d’être repoussée à décembre 2009.
Analyse des principaux critères de convergence
Il y a lieu de préciser que les critères de convergence définis répondent à des objectifs spécifiques. Dans ce contexte de dégradation des finances publiques, le solde budgétaire a l’avantage de révéler les efforts d’ajustement nécessaires pour assurer la viabilité des finances publiques qui, à son tour permet d’établir les conditions d’un endettement soutenable. La stabilité monétaire apparaît plus facile à réaliser si les Etats partagent des préférences communes en matière d’inflation, de déficit budgétaire et son financement, ainsi que de niveau des réserves, sinon il pourrait apparaître des risques de repli vers des stratégies individuelles en cas de difficultés dans le processus d’unification.

Les critères ont été conçus sur la base d’observations des séries de données macro-économiques sur la période 1960-1999, et de l’analyse de la situation économique de chaque pays, de façon à expliquer non seulement les causes des succès, mais aussi les raisons des échecs des politiques économiques et conjoncturelles mises en oeuvre. Pour atteindre ces critères, les pays seront contraints de mener des politiques conjoncturelles bien précises. Les critères de premier rang peuvent être définis comme suit :

Le taux d’inflation = 5%
Le fait de retenir le taux d’inflation comme critère de convergence obéit à deux logiques précises qui sont : de corriger le mésalignement du taux de change réel et de réaliser un différentiel d’inflation favorable à la ZMAO. La convergence des taux d’inflation ou convergence nominale, est un taux compatible avec l’objectif de croissance, mesuré par le différentiel du taux de croissance de l’IPC (indice des prix à la consommation). La référence de 5% est calculée à partir de la moyenne des taux de croissance de l’IPC les plus faibles observée dans les différents pays, en situation de stabilité macroéconomique, institutionnelle et politique au cours des 30 dernières années.
La convergence nominale constitue la condition première de stabilité monétaire des différents pays. Selon la théorie de la parité des pouvoirs d’achat, la stabilité monétaire suppose que le différentiel d’inflation entre les pays soit égal à zéro. Ce qui signifie que si l’un des pays entrait dans la zone avec une forte inflation, il pourrait contribuer à faire chuter le cours de la monnaie par rapport aux partenaires en dehors de la zone.

Le solde budgétaire hors dons = 4% du PIB
Le solde budgétaire est la différence entre les recettes et les dépenses publiques hors dons. Ce solde permet de mesurer l’effort budgétaire propre du pays et exprime le caractère soutenable de la situation des finances publiques à moyen terme de chaque pays. Quand ce solde est positif, on parle d’excédent budgétaire, quand il est négatif, on parle de déficit budgétaire. Ainsi, en cas de ralentissement de la croissance, l’Etat peut dépenser plus qu’il ne prélève, donc avoir un solde budgétaire déficitaire, en diminuant les impôts ou en augmentant les dépenses. Cette politique va stimuler la croissance en augmentant la demande globale, ce qui permettra de créer des emplois. Réciproquement, en cas d’inflation, l’Etat peut décider d’augmenter les impôts, ou de diminuer les dépenses pour freiner la dépense globale, ce qui va conduire à un ralentissement de la demande qui va freiner la hausse des prix.

Le choix de ce ratio reste toutefois très controversé. En effet, les réalités économiques et budgétaires différents d’un pays à un autre et la problématique de la mobilisation des recettes fiscales intérieures est différemment perçue. Un déficit budgétaire a un impact économique qui peut, selon certains économistes, être un stimulant pour l’activité économique par l’intermédiaire d’une politique de relance, ou simplement être un moindre mal dans certaines situations de récession. Pour d’autres économistes, un déficit budgétaire est toujours le signe d’une mauvaise gestion des fonds publics et à ce titre doit être évité.
Pour la ZMAO , le choix du ratio solde budgétaire hors dons sur le PIB aux prix du marché = 4% vise l’objectif de mobilisation accrue des recettes fiscales et répond au souci majeur de maîtrise de l’inflation tout en préservant la croissance économique.
Le financement du déficit budgétaire par la Banque centrale = 10% Recettes fiscales de l’années N-1

Ce ratio est celui qui est observé dans presque dans tous les pays sous programme avec le FMI et est compatible avec le niveau de croissance. Décroissant à zéro au moment de la convergence, c’est un ratio qui semble être difficile à tenir pour les pays dont la pression sur les finances publiques est très importante.

Réserves de change = 3 mois à 6 mois d’importation au moment de la convergence
Mesuré par le ratio réserves internationales en mois d’importations, il s’agit d’un critère croissant car un stock de réserves internationales important est nécessaire pour répondre à une demande de devises étrangères liée au paiement des importations ou du service de la dette, des charges officielles ou les services facteurs à l’étranger, sortie de capitaux privés étrangers suite à une crise. Il permet d’assurer la stabilité de la politique monétaire et des changes.


(A suivre dans le prochain)

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